Les bases de la Fantasy : 3 spécificités du genre
Qu’est-ce qui fait que nos récits relèvent de la littérature de l’imaginaire que l’on nomme SFF (Science-fiction, Fantasy, Fantastique) ? Quelles sont les spécificités de la Fantasy en particulier ? En France, le monde éditorial et commercial différencie les trois genres. Au sein même de la Fantasy, la tendance générale est de nommer et d’inventer des sous-genres. Tout se complexifie. Cet article est le fruit d’un questionnement personnel. Il ne prétend pas définir le genre, et réfléchit autour de 3 caractéristiques de la Fantasy. Ici nous restons simples et basiques avec ce qui fait de la Fantasy sa marque de fabrique.
La Fantasy telle qu’on la définit
« Science fiction deals with improbable possibilities, Fantasy with plausible impossibilties .
Cette citation de Miriam Allen de Ford explique bien la différence entre la SF (science-fiction) et la Fantasy. Dans la littérature de l’imaginaire, la Fantasy met en scène le surnaturel, les choses qui ne peuvent pas exister. On croit et aux mondes alternatifs ou fabuleux à condition qu’il reste cohérent. La science-fiction affirme qu’avec l’avancée technologique ces récits deviendraient possibles. Le fantastique quant à lui marche sur les frontières de la réalité et de la folie.
Ces trois genres possèdent des bases communes bien sûr. Le livre Wonderbook de Jeff Vandermeer propose une illustration des origines des trois genres de la SFF. Elle montre parfaitement le tronc commun des trois genres, puis leur séparation en branches (ou tentacules 😉). En Fantasy, la mythologie, le merveilleux des contes et les romans d’aventure se mélangent (Anne Besson. 2018). Ce sont ses fondations propres.
1.les personnages de la Fantasy : le merveilleux et son cortège de créatures magiques
Les créatures surnaturelles
Elfes, nains, géants, ogres, sorcières, etc., tous ces personnages vivent dans l’imaginaire occidental. Ils ont connu différentes formes et caractères ou psyché. Un exemple de cette évolution ? D’après plusieurs ouvrages dont « fées, elfes et dragons et autres créatures des royaumes de féérie », Shakespeare a raccourci les faé originaux dans le songe d’une nuit d’été. Tolkien qui a longtemps travaillé sur les mythologies nordiques trouvait cela inique. Il les a remis à leur « juste taille », notamment les elfes dans ses ouvrages.
Les créatures issues de contes ont eu mille vies et ne résonnent pas toutes de la même façon dans nos imaginaires. En Scandinavie, les lutins ou gnomes s’appellent tomte ou nisse, et sont de véritables empêcheurs de tourner en rond s’ils le veulent. Les trolls du suédois John Bauer n’ont pas vraiment la même tête que dans les films de Peter Jackson. Suivant nos influences culturelles et médiatiques, leurs représentations dans nos imaginations changent.
Les animaux fantastiques
Les animaux fantastiques pour la plupart proviennent des anciennes civilisations orientales (mésopotamiennes, sumériennes, etc.), et ont traversé les « âges farouches » en passant par l’Égypte des pharaons, grâce aux « emprunteurs » grecs et latins. Hélène Bouillon écrit que l’imaginaire occidental s’est approprié ces êtres par la Bible et les classiques latins. (Une histoire des animaux fantastiques.2023).
Nous sommes fortement attachés à ces animaux fantastiques. Ils se sont transformés au fil des millénaires. Mais leur fonction reste peu ou prou la même. Ces êtres oniriques figurent nos terreurs et nos espoirs tout comme elles le faisaient lors des cultes anciens. En occident, la période médiévale, qui a tellement inspiré la Fantasy des débuts, a été riche de ces légendes sur ces créatures mystérieuses et effrayantes au pouvoir démesuré parfois. Ce n’est pas étonnant que le genre s’en soit emparé.
2. les mondes imaginaires
L’univers me semble l’une des 3 caractéristiques de la Fantasy les plus utilisées pour définir le genre. Ces mondes imaginaires qui servent de scène à l’histoire s’ancrent dans le récit au même titre que les personnages. Ils influencent parfois le fil narratif (mais ça, ce sera un autre stage). Dans un stage précédent, nous avons remarqué que certains lieux, deviennent même un personnage à part entière. Les trilogies comme la cité du sud, celle du nord ou de Daevabad montrent des villes vivantes et qui influent sur le cours de l’hstoire.
La nature occupe une place importante en Fantasy. Peut-être est-ce parce que l’auteur qui a écrit le premier roman de Fantasy fréquentait un mouvement d’esthètes : les préraphaélites. Pour résumer rapidement (pardonnez-moi spécialiste des beaux-arts), ils prônaient un retour vers l’esthétisme du moyen âge dans ce « qui est direct, sérieux et sincère », une étude méticuleuse de la nature (Préraphaélites.2010).
Je m’interroge : est-ce que leur influence a donné à la Fantasy ses lieux emblématiques ? Les châteaux, les cités-forteresse, les villes et la nature sauvage.
Avec le temps, la Fantasy s’est attachée à d’autres cadres en même temps où elle a imprégné les jeux de rôle, les jeux vidéo, les films et les séries. On a vu récemment l’émergence de l’Urban Fantasy. Ce sous-genre littéraire porte bien son nom. Ses décors urbains ou/et contemporains se peuplent de créatures fantastiques que l’on rencontrait précédemment dans des univers moyenâgeux ou assimilés.
Ce type de littérature accepte bien des choses. On peut mettre en scène un monde immense ou le réduire à un simple jardin comme dans l’animé Arietty inspiré d’un roman anglais de 1952. On peut même l’attacher à une maison (avec des pieds de poule par exemple 😊 ), etc.
3. Magie : la plus évidente des 3 caractéristiques de la Fantasy ?
Objet magique unique ou système élaboré, certains lecteurs ou auteurs ne jurent que par la magie. Est-elle critère prépondérant dans un récit de Fantasy ? Oui, mais est-ce obligatoire pour la qualifier de Fantasy ? D’après mes lectures, pas forcément. Si la magie n’est pas présente dans l’histoire, vous aurez des créatures ou personnages surnaturels ou des mondes imaginaires.
Pour une des participantes aux stages, je me suis penchée sur la Romantasy (romance et fantasy), dont un des romans s’appelle le pont des tempêtes. Il y est question d’un… « pont » qui sert à l’approvisionnement de pays et dont on se dispute la suprématie, bref encore une polémique sur les droits de douane.
Ce récit (en tout cas dans le premier tome) ne mentionne aucune magie. Mais, c’est bien un univers de Fantasy avec ses héros ou héroïnes, les enjeux de sauver le monde ou le précipiter. En définitive, la littérature en Fantasy s’accommode d’une narration sans sorcellerie.
Dans mon dernier manuscrit, j’ai choisi de mettre des personnages d’ours antropomorphes ou des insectes géants dans un univers imaginaire en plein précipice. Ce sont ces caractéristiques qui d’après moi font que l’histoire relève du genre Fantasy, même si la magie en est absente.
Si ces 3 caractéristiques de la Fantasy me semblent primordiales dans un écrit du merveilleux, en associer deux suffit. L’Urban Fantasy en est un exemple. Nous pourrions ajouter une spécificité du genre que j’ai rapidement abordée dans le paragraphe sur l’univers : la quête. Elle est le motif narratif le plus utilisé dans ce genre, et lui colle à la peau, au papier ou à l’écran comme la glue à votre doigt. Qu’elle soit pour trouver ou détruire un objet magique ou une personne, la quête accompagne la Fantasy depuis le début. Elle sera le thème d’un stage (et donc d’un article) à part.
Sources :
Dictionnaire de la Fantasy. Sous la direction d’Anne Besson. Éditions Vendémiaire, 2018.
Fables et légendes japonaises. Créatures fantastiques. Ippei Otsuka. Ynnis Éditions. 2022 (France)
Fées, elfes, dragons des royaumes de féérie. Dirigé par Claudine Glot et Michel Le Bris.Hoëbeke. 2002
Une histoire des animaux fantastiques. Hélène Bouillon. Éditions PUF (Presses universitaires de France) 2023.
Site de la BNF sur la Fantasy
https://fantasy.bnf.fr/fr/accueil/
Préraphaélites. Heather Birchall. Taschen. 2010 (France)
Wonderbook. Jeff Vandermeer. Abrams Image. 2013. (En anglais).
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:John_Bauer_1915.jpg
Références d’ouvrages :
Arietty : le petit monde des chapardeurs. Réalisation Hiromasa Yonebayashi. Studio Ghibli 2011 (France)
Cycle de la Tour de garde :
Cité du nord. Claire Duvivier. Aux forges de Vulcain. 2023
Cité du sud. Guillaume Chamanadjian. Aux forges de Vulcain.2022
Du thé pour les fantômes. Chris Vuklisevic. Denoël. 2023.(Première édition)
Faërie. Raymond Feist. Bragelonne (Milady). 2007
Le pont des tempêtes. Danielle L. Jensen. Bragelonne. 2023 (France)
Les Chapardeurs. Mary Norton. Plon. 1957 (France)
Les maîtres enlumineurs. Robert Jackson Bennett. Albin Michel Imaginaire. 2021 (France)
Les Poudremages (trilogie). Brian McLellan. Léha. 2024
