7 idées d’auteurs et d’autrices pour vaincre la résistance à l’écrit (que Dark Vador vous enviera)

Nous sommes des drogués aux conflits narratifs, aux personnages secondaires jouissifs, aux péripéties trépidantes (ou pas), aux antagonistes succulents, aux récits immersifs, et aux héros un peu chiants (avouez-le). Alors quand vient la résistance ou la page blanche, c’est la crise. Comment débloquer le processus d’écriture ? Et d’abord est-ce possible, et comment ? J’ai rassemblé ici quelques idées (techniques scripturales ou astuces) tirées de livres sur l’art de l’écriture (que je vous invite à consulter). Comme habituellement, je glisse parfois un mot ou deux sur mon expérience d’autrice de Fantasy.

En bref :

  • Le processus d’écriture n’est pas linéaire (sans blague ?) : ce ne sera pas facile (mais vous le savez).
  • Petit rappel : vous avez le droit (et le devoir) de vous tromper et de changer d’avis, alors choisissez.
  • Il existe des questions universelles à se poser, applicable à tout type de récit, qui vous aideront à surmonter la page blanche.
  • Elizabeth George utilise une méthode qu’elle nomme la Combine Anti-Moulin À Parole pour écrire une scène en particulier.
  • Stephen King, quant à lui, écrit ses premiers jets sans les faire lire ou même en discuter. Il appelle cela « écrire la porte fermée » pour se concentrer sur l’histoire sans se poser de questions. Est-ce toujours une bonne idée ?
  • Le bonus de Prisca de Redaxium.

Reconnaître la nature de l’obstacle : syndrome de la page blanche ou résistance ?

L’écriture créative est un processus qui s’apparente à une boucle plutôt qu’une ligne (Dixit Lionel Davoust dans son ouvrage). C’est valable pour tous les types de récits ou que l’on écrive chronologiquement ou pas. Mon processus d’écriture en témoigne largement. Il relève plutôt du chaos dans lequel la logique apparaît au fur et à mesure des mots et de la narration.

Parfois, il se bloque complètement. Les rouages de la créativité se grippent. On appelle ça une résistance, ou le syndrome de la page blanche. C’est selon. D’après mon expérience d’autrice de fantasy, les deux sont de la même famille.

La page blanche c’est l’incapacité totale à aligner des mots. Dans mon processus, elle révèle un problème général dans la narration ou alors une fatigue psychologique.

La résistance rend la mécanique d’écriture moins fluide. J’écris, mais je coince à un endroit, une scène de mon histoire. Elle témoigne le plus souvent d’un écueil dans le passage en question ou en amont.

Une autre difficulté commune (et c’est rassurant) vient du fait que le choix entre deux, voire trois options, idées, etc., paraît cornélien. Nous sommes paralysés devant nos écrits, car nous n’osons pas choisir.

1. Connaître l’origine de vos histoires et savoir que rien ne sera facile

Lionel Davoust explique qu’en fantasy, le processus de création est un processus de découverte, c.-à-d., que l’univers et l’histoire apparaissent au fur et à mesure.

Les idées ne surgissent pas de nulle part. L’auteur ou autrice part à la recherche de ce qu’il entraperçoit. Selon lui, il suffit de « traquer le sens et la joie ». Stephen King quant à lui assimile cela à la délicate extraction d’un fossile. Dans les deux cas, il s’agit bien d’aller à la rencontre d’idées dont nous ne distinguons que les contours au départ.

À l’instar de tous les processus créatifs, celui de l’écriture inclut son lot d’hésitations ou de révélations même si l’on est ce qu’on appelle un auteur ou une autrice architecte (ou structurel). Pour les scripturaux chaotiques ou jardinier bor…désordonnées comme moi, je trouve cela assez rassurant.

2. Oser se décider sur la direction que prendra votre récit imaginaire

Oui, c’est difficile. Je sais de quoi je parle, car je suis atteinte d’un syndrome de la « prise de décision difficile ». Comme l’écrit Lionel Davoust dans son ouvrage, « l’écriture n’est pas un art de la représentation ». Qu’est-ce que cela signifie : en gros vous avez le droit et le devoir de vous tromper, d’écrire dans une direction, puis de décider qu’elle n’est pas la bonne.

Est-ce que cela vous fait aligner les signes pour rien ? Non bien sûr, et vous le savez au fond même si cela vous ennuie. Les mots qui ne servent pas à votre récit actuel profiteront au suivant. Ils vous font progresser. Cette énergie que vous y avez consacrée ne se perd pas, elle se transforme en expérience, en compétence. Elle se capitalise dans votre cerveau d’écrivaine ou d’écrivain afin de soutenir votre prochaine histoire de Fantasy.

Car vous n’allez pas vous arrêter d’écrire, bien sûr, je vous connais, les accros aux mots et aux histoires juteuses en émotion. L’écriture est votre addiction. Et c’est bien à cause de cela que débloquer le processus d’écriture vous est indispensable (à moi aussi).

Alors décidons-nous pour le meilleur ou le pire. Nous verrons bien ensuite si c’est « juste » comme le conseille Lionel Davoust. En résumé, accordons-nous le droit à l’erreur « narrative ».

Se poser les bonnes questions sur son histoire de Fantasy

Votre histoire ne progresse plus du tout. La page blanche vous a foudroyé avec la célérité d’une mouche sur un sucre ? Lors de la phase de réécriture des romans de Fantasy, Jeff Vandermeer propose une série d’interrogations qui servent de guide à la correction. J’en ai gardé 4 que je trouve aussi très utiles en cas de « panne d’écriture ».

  • Peux-tu laisser des scènes non écrites et finir quand même ?

Dans les révisions, on peut s’atteler à un passage problématique que nous n’arrivons pas à résoudre, car l’origine se situe en amont du récit.

Lors de l’écriture du premier jet, on peut se souvenir de cette question quand la résistance débarque. L’autrice ou l’auteur s’acharne parfois à écrire un passage qui ne vient pas. Comment alors débloquer le processus d’écriture ?

Peut-être avez-vous besoin de « sortir » de cette scène qui coince, ou peut-être une autre doit être écrite avant ? D’après mon expérience, travailler sur un passage différent aide à surmonter le blocage, car il libère mon esprit en faisant diversion.

  • Dois-tu vraiment commencer par le début ?

Vous voilà devant votre écran, page, prêt, prête, mais… mais… mais… mais…

Et vous démarriez par la scène qui vous vient, même si elle n’est pas un début ou si elle ne fera pas partie de la mouture finale. Conseil de jardinière !

  • Quel type d’histoire veux-tu écrire ?

Ici, Jeff Vandermeer insiste sur l’envie de départ même la plus vague — ou je cite — « la plus frivole » (Wonderbook.2018. Traduction maison). L’objectif vous guide comme la carotte et l’âne. Par exemple, j’ai envie d’écrire de la cosy fantasy, mais le récit s’oriente vers de la dark fantasy. Peut-être dois-je « écouter » mon idée initiale afin de dénouer le processus d’écriture.

  • As-tu conçu le bon squelette ?

Évidemment, celle-ci nous met en difficulté nous les scripturaux ou jardiniers qui ne passent pas par la case préparation (ou peu). Toutefois, elle permet de repérer les faiblesses de la structure narrative lorsque la résistance ou la page blanche surviennent.

4.Débloquer le processus d’écriture : je n’arrive pas écrire une scène de mon roman

Parfois, nous nous engageons dans l’écriture d’une scène et la résistance surgit. L’écriture coince. Rien ne vient facilement. Les mots paraissent superflus, la scène semble indigeste. Que faire ? Deux options s’offrent alors à nous.

On peut s’atteler à un autre passage de la narration ou essayer la CAMAP d’une des reines du thriller. Elizabeth George utilise ce qu’elle nomme la Combine Anti-Moulin À Parole. Elle évite les scènes confuses ou pesantes au dialogue inefficace.

Pour ce faire, elle prône l’ajout d’une « activité à laquelle se livrent les personnages de la scène ». Cette scène qui agit comme une métaphore permet :

  • de donner des informations ;
  • ou d’éclairer le lectorat sur la psyché d’un personnage.

Par exemple, la façon dont il ou elle range du matériel soigneusement ou pas, s’occupe d’un animal, prépare un thé, etc. Cela donne des indices au lecteur. (Vous avez tous et toutes en tête la scène du film Love Actually avec Emma Thompson qui arrange le lit).

En tentant ce type d’approche, nous fluidifions l’écriture. Nous rendons aussi la rédaction de la scène plus amusante, ainsi nous retrouvons le plaisir d’écrire et dépassons notre blocage. In fine la lecture en sera plus agréable.

illustration d'une femme qui pose la tête sur une machine à écrire. Article comment débloquer le processus d'écriture.

5.Ouvrir la porte sur votre récit

Ensuite, il y a la possibilité « d’ouvrir la porte »… je m’explique. Le maitre de l’horreur littéraire raconte comment il écrit ses premiers jets sans les faire lire ou même en discuter. Il appelle cela « écrire la porte fermée » pour se concentrer sur l’histoire sans se poser de questions sur les implications ou les explications qu’un lecteur peut avoir.

Or, certains et certaines peuvent trouver tout à fait utile de débriefer, de parler de ses difficultés dès l’écriture de la première version…et donc d’écrire la porte « entrouverte » 😉. En parlant avec mon bêta -lecteur, je réussis souvent à repérer le grain de sable qui coince les rouages de la narration. Bien sûr, tout le monde ne peut pas remplir cet office.

Nous n’avons pas tous et toutes des personnes dans notre entourage qui peuvent nous aider. Parfois même, une aide extérieure éclaire sur différents aspects de nos récits. En réalisant cela, j’ai décidé d’organiser des stages d’écriture Fantasy d’entraide entre autrices et auteurs.

Bonus Redaxium. Écrire votre histoire dans une autre langue

Klingonphone ou elfiquophone ? Vous pouvez mettre à profit vos compétences en langue pour dépasser votre blocage littéraire. Oui, ça peut étonner. Je vais vous faire une confidence : j’ai repris goût et confiance à l’écrit en apprenant une langue étrangère. Raconter une histoire ou un souvenir était plus simple, plus fluide et surtout plus léger. Une explication à ce phénomène ?

Nous avons assimilé notre langue maternelle en nous construisant en tant que personnes. Le langage devient un pilier de notre moi/soi. Beaucoup d’affect rentre donc en jeu dans les mots. Écrire son récit dans une autre langue permet une relation apaisée avec ses sensations, ses émotions, là où nous puisons nos matériaux pour bâtir nos histoires. Elle met de la distance avec ce qui est compliqué.

En effet, au-delà des problèmes techniques scripturaux de narration, il existe une dimension psychologique à la page blanche. Quand notre mental est préoccupé, une espèce de chape de plomb recouvre la créativité. Mettre de la distance avec ce qui est douloureux peut relâcher la pression, favorise la ténacité ainsi que l’endurance de l’autrice ou l’auteur.

Le processus d’écriture des autrices et auteurs ne se duplique pas à grande échelle tant il est propre. On peut juste se saisir de certaines idées d’écrivains chevronnés afin de trouver le sien. On les essaie. Si cela fonctionne tant mieux, sinon on continue à chercher. Le tâtonnement entraîne bien des frustrations, c’est vrai. Le processus créatif est changeant au gré de nos évolutions personnelles ou de nos existences. Nous traversons la page blanche et les résistances souvent laborieusement. Mais dès lors que nous les surmontons, nous nous libérons. Nous retrouvons la fluidité, le plaisir d’écrire et vivons l’expérience de la créativité qui nous procure un si grand bonheur.

Sources :

Comment écrire de la fiction ? Rêver, construire, terminer ses histoires. Lionel Davoust. Éditions Argyll. 2021

Écriture. Mémoire d’un métier. Stephen King. Lgf. 2003

Mes secrets d’écrivain. Elizabeth George. Presses de la cité. 2014

Wonderbook. Jeff Vandermeer. Abrams Image. 2018

Expérience personnelle de scribouillarde 😉

Crédits photo :

 Etienne Girardet sur Unsplash

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